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Léguer à son concubin : le piège que le couple non marié ne voit pas venir

Vous vivez ensemble depuis dix ans, vous avez peut-être des enfants, une maison commune. Dans votre tête, vous êtes un couple à part entière. Pour le droit successoral suisse, vous êtes deux étrangers.

À la mort de l'un, le survivant non marié tombe dans un double piège que presque personne n'anticipe : d'abord il n'a aucun droit à hériter, ensuite, même si vous l'avez prévu, le fisc peut lui prendre près de la moitié. Regardons les faits, canton par canton.

Ce que personne ne remarque

  • Sans testament, le concubin survivant n'hérite de rien : tout va aux héritiers légaux (enfants, parents). Le partenaire passe après.
  • Même avec testament, il est taxé comme un tiers : jusqu'à environ 50% dans le canton de Vaud et 54,6% à Genève. Un époux, lui, ne paie rien.
  • Quelques cantons évoluent (le Valais exonère les concubins depuis 2025), mais la règle générale reste brutale.

Piège n°1 : aucun droit légal

Première surprise, la plus dure. En Suisse, le concubin ne figure pas parmi les héritiers légaux. Si vous décédez sans testament, votre partenaire ne reçoit rien du tout : votre patrimoine va à vos enfants, et à défaut à vos parents ou à vos frères et sœurs.

Autrement dit, sans démarche active de votre part, la personne avec qui vous partagez votre vie peut se retrouver sans rien, y compris devoir quitter le logement commun si celui-ci revient à d'autres héritiers. Le mariage, lui, fait automatiquement du conjoint un héritier protégé. Le concubinage, non.

Piège n°2 : l'impôt de « tiers »

Admettons que vous ayez rédigé un testament en faveur de votre partenaire. Deuxième couperet : l'impôt sur les successions, qui est cantonal et dépend du lien de parenté. Et aux yeux du fisc, un concubin est un parfait inconnu.

Qui hériteImpôt sur la succession (Suisse romande)
Conjoint marié / partenaire enregistré0% (exonéré dans les 7 cantons romands)
Enfants / descendants0% dans la plupart (petite part à VD)
ConcubinJusqu'à ~50% (VD), 54,6% (GE)

Lisez bien la dernière ligne. Sur un héritage de 200'000 CHF légué à votre partenaire, le fisc genevois peut en prélever plus de la moitié. Pour exactement la même somme, un époux ne paierait pas un centime. Même couple, même amour, même toit : traitement fiscal opposé.

Des cantons bougent, lentement. Le Valais exonère les concubins depuis le 1er janvier 2025 s'ils vivent ensemble depuis au moins cinq ans ou ont un enfant commun. Mais Vaud, par exemple, n'a rien changé pour les partenaires non mariés. Tout dépend donc, une fois de plus, de votre canton.

Le contrepoint : le mariage, enfin avantageux

Voilà qui mérite une mise en perspective. Nous avons montré ailleurs que le mariage coûte cher à l'impôt sur le revenu : c'est la pénalité de mariage. À la succession, c'est exactement l'inverse : le mariage protège puissamment (exonération totale de l'héritage, statut d'héritier automatique, et rente de survivant à l'AVS).

C'est tout l'arbitrage que les couples oublient de poser à froid : le mariage vous fait souvent payer un peu plus chaque année sur vos revenus, mais il protège massivement le jour du décès. Le concubinage, c'est le choix inverse, et son coût ne se révèle qu'au pire moment. Ce n'est pas « pour ou contre le mariage », c'est quel risque vous choisissez de porter.

Comment protéger son concubin

Bonne nouvelle : des outils existent, à condition de s'y prendre avant.

  • Le testament, d'abord. C'est le minimum vital. Depuis la réforme du droit successoral de 2023, la réserve des enfants a été réduite, et la part dont vous disposez librement (la quotité disponible) est passée du quart à la moitié de votre patrimoine. Vous pouvez donc léguer jusqu'à la moitié à votre partenaire, même avec des enfants.
  • L'assurance-vie (pilier 3b). Vous pouvez désigner librement votre concubin comme bénéficiaire : la prestation lui est versée directement au décès, selon la clause bénéficiaire. Un levier précieux pour lui transmettre un capital.
  • Le choix du canton, et du statut. Si votre patrimoine est important, la fiscalité cantonale et la question du mariage méritent un vrai calcul, pas un évitement par habitude.

Attention : ces outils règlent le droit d'hériter (le testament) et le véhicule (l'assurance), mais pas forcément l'impôt : selon le canton, votre partenaire restera taxé comme un tiers. D'où l'intérêt de combiner les leviers, et de connaître les règles de votre canton.

La lecture stratégique

Le concubinage est un choix de vie respectable. Mais sur le plan successoral, c'est un choix qui se prépare, sous peine de laisser son partenaire exposé.

  • Sans testament : le concubin n'hérite de rien. C'est le point de départ, et il est impitoyable.
  • Avec testament : il hérite, mais peut être taxé jusqu'à la moitié selon le canton.
  • Le mariage reste la protection la plus complète (succession, statut, AVS), au prix de la pénalité fiscale annuelle.

La vraie question n'est pas « faut-il se marier ? », mais « si l'un de nous disparaît demain, l'autre est-il protégé, ou le fisc et la loi décident-ils à notre place ? » Pour l'autre grande décision de fin de parcours, voyez aussi Rente ou capital.

Questions fréquentes

Un concubin hérite-t-il automatiquement ? Non. Le concubin n'est pas un héritier légal. Sans testament, il ne reçoit rien : tout va aux enfants, parents ou autres héritiers légaux.

Combien d'impôt paie un concubin sur un héritage ? Cela dépend du canton. Il est taxé comme un tiers, jusqu'à environ 50% dans le canton de Vaud et 54,6% à Genève. Un conjoint marié, lui, est exonéré.

Y a-t-il des exceptions ? Oui. Le Valais exonère les concubins depuis 2025 sous conditions (vie commune de cinq ans ou enfant commun). D'autres cantons évoluent, mais pas tous.

Comment protéger mon partenaire ? Par un testament (vous pouvez lui léguer jusqu'à la moitié de votre patrimoine depuis la réforme de 2023), une assurance-vie 3b avec clause bénéficiaire, et en tenant compte de votre canton. Le mariage reste la protection la plus complète.

Le testament supprime-t-il l'impôt ? Non. Le testament règle le droit d'hériter, pas l'impôt. Selon le canton, votre concubin restera taxé comme un tiers sur ce qu'il reçoit.


Sources

Règles et taux 2026 vérifiés le 9 octobre 2026. L'impôt sur les successions est cantonal (et parfois communal) et évolue : vérifiez les règles de votre canton et faites établir un conseil successoral avant toute décision. Information générale, pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé.

Information générale à but éducatif, valable au moment de la publication. Elle ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Vérifiez votre situation auprès d'un professionnel avant toute décision.